«JE VEUX pouvoir dire aux yeux du monde : c'est elle ma femme et personne d'autre ! » répète le futur marié, la voix brisée par l'émotion. Aujourd'hui à 14 h 30, Jean-Louis Ronzier, dit Servin, un peintre-sculpteur de 68 ans, dira oui à la femme qu'il aime depuis plus de vingt ans. Martine Cazenave était danseuse et se faisait appeler Alma Navailles.
Elle est morte à l'âge de 52 ans en septembre 2004, deux mois avant la date fixée pour la noce. C'est donc un mariage posthume qui sera célébré dans la mairie de Lamontélarié, petite commune du Tarn.
Pour parvenir à tenir la promesse de l'épouser qu'il lui avait faite sur son lit de mort , Jean-Louis Ronzier a dû batailler pendant plus de trois ans. « Des années de calvaire administratif, résume-t-il. Mais si cela avait dû durer dix ans, j'aurais tenu. » Pour couper court à ceux qui verraient dans cette union autre chose qu'un « mariage d'amour », Jean-Louis Ronzier précise que ce mariage à titre posthume n'aura aucune conséquence financière, la succession de sa compagne ayant déjà été réglée.
« Je l'aime toujours »
Le couple s'est rencontré à Paris dans les années 1980. Servin anime alors des émissions sur Radio Libertaire et des « soirées de poésie expérimentale » dans un cabaret. « Alma était l'égérie d'un mouvement de squats d'artistes, une pointure intellectuelle, raconte fièrement Jean-Louis Ronzier. On a connu un amour passion. » A cette époque, pas question de mariage entre les deux amants. Au fil du temps, ils y songent. C'est Jean-Louis qui retarde l'échéance, préférant « attendre la retraite ». Mais Alma est malade. Elle doit subir une opération qui sera suivie d'une rechute. « Sa mort est arrivée vite... On ne s'y attendait pas », soupire le peintre. « Elle tenait à ce mariage. Elle voulait en faire une fête. Elle avait même acheté ce chapeau 1900 pour la cérémonie », sourit-il tristement en montrant un large chapeau de paille recouvert d'une longue pièce de tulle.
Après deux recours gracieux et deux refus, l'artiste a fini par obtenir l'autorisation du mariage par décret du président de la République, contresigné par le Premier ministre et la garde des Sceaux. « Je crois qu'elle aurait été fière de moi. A ma place, elle en aurait fait autant. Je l'aime toujours et les autres femmes ne m'intéressent pas », confie le sculpteur. Après la cérémonie, un cocktail sera servi dans le jardin de l'ancien presbytère où vit le futur marié, au milieu d'une exposition de sculptures et de photos en hommage à Alma, son « amour passion ».
Une histoire glauque ? Morbide ?
Moi je ne vois que l'amour.
Je ne vois qu'un amour infini, profond.
Je vois en cette histoire la definition meme de l'amour, celui qui durera jusqu'a la fin.